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samedi 31 oct 2020
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Municipales à Epinal : David Melloni renonce à présenter une liste

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DavidMellonibd-0271David Melloni et le collectif « Nous, Spinaliens ! » renoncent à présenter une liste aux élections municipales à Epinal. Dans une longue tribune, publiée aujourd’hui sur les réseaux sociaux, David Melloni explique sa décision :

« Madame, Monsieur, J’ai pris l’initiative, il y a un mois et demi, de créer un collectif citoyen – Nous, Spinaliens ! – dans l’espoir de rendre possible, en vue des prochaines élections, la constitution d’une liste alternative à celles des trois candidats de l’actuelle majorité municipale LR-UDI, ainsi qu’aux listes d’extrême-droite et d’extrême-gauche. J’ai beaucoup hésité à le faire, car je craignais que mon geste soit interprété comme une simple réaction d’orgueil suite au refus des instances parisiennes de La République En Marche de m’accorder l’investiture du mouvement.

Je craignais également que mon engagement récent au sein du parti présidentiel constitue un obstacle au rassemblement de tous les progressistes et écologistes spinaliens, dont beaucoup ont été déçus par Emmanuel Macron, voire combattent aujourd’hui la politique menée par son gouvernement.

En l’absence d’autres postulants issus de la gauche réformiste, et en dépit de ce contexte délicat, j’ai donc finalement pris mes responsabilités et lancé un appel à tous les progressistes spinaliens, humanistes, sociaux-démocrates et écologistes, avec l’espoir de faire vivre notre démocratie et de bâtir avec eux un projet novateur, à la hauteur des défis auxquels notre ville et son agglomération doivent aujourd’hui faire face. Cette initiative s’est traduite par l’impression et la diffusion, à tous les Spinaliens, d’un document complet retraçant les principales fragilités de notre commune, et esquissant un certain nombre de solutions concrètes pour réinventer Epinal.

Un site internet a également été créé, afin de recueillir leur soutien. Plusieurs opérations de porte-à-porte ont également été menées, et de multiples contacts ont été parallèlement initiés. Ces six semaines, particulièrement intenses, nous ont permis d’accueillir près d’une vingtaine de nouveaux adhérents. Contrairement aux apparences, et compte tenu du désenchantement politique actuel, c’est déjà beaucoup. Vraiment.

Nous sommes désormais une quarantaine : beaucoup d’enseignants, évidemment (et tant mieux !), mais aussi des étudiants (notamment ceux du mouvement pour le climat, autour de Raphaël Laizeau), des acteurs du monde culturel (du théâtre, de la musique…), des chefs d’entreprise, des militants des droits de l’Homme, des artisans, des retraités (souvent très engagés dans le secteur associatif), des salariés du secteur privé, des professions libérales, des bénévoles impliqués dans le monde sportif, des agents du service public, des personnes sans emploi…

Honnêtement, je suis très fier de cette équipe. Je suis fier de sa diversité, de sa représentativité, de sa détermination à vouloir ouvrir de nouveaux horizons pour Epinal et de son engagement au service de la cité et de la démocratie. Quarante citoyennes et citoyens, oui, c’est déjà beaucoup. Mais c’est trop peu. Trop peu, à mon sens, pour engager une bataille à laquelle j’étais prêt, mais qui nécessitait compte-tenu du contexte davantage de mobilisation de la part des Spinaliens. Cela concerne spécialement la gauche réformiste.

Nous espérions le soutien de plusieurs figures locales de la social-démocratie et de l’écologie, et celui-ci n’est pas venu. En dépit de nos nombreux échanges, ni l’ancien député socialiste et ancien candidat à la mairie d’Epinal, ni l’ancien conseiller général, ni les anciens ou actuels conseillers municipaux d’opposition, ni les derniers candidats aux élections législatives n’ont souhaité s’associer – d’une manière ou d’une autre – à notre démarche. Pire, deux d’entre eux, pourtant initialement engagés à nos côtés, ont même décidé depuis de rejoindre des listes de la majorité LR-UDI.

Certes, nous ne recherchions pas le soutien des formations politiques, en tant que telles (notre démarche se situant précisément au-delà des clivages partisans), mais l’implication de ces différents « acteurs » de la gauche réformiste était à mes yeux, compte tenu (encore une fois) du contexte, indispensable au rassemblement escompté. Sans eux, et alors même que notre équipe est très majoritairement composée de citoyens non encartés politiquement, et n’ayant jamais adhéré à LREM, nous n’avions aucune chance d’échapper, aux yeux de l’opinion, à l’étiquette – terriblement réductrice – de simples « dissidents d’En Marche ». Cela concerne également les « forces vives » de la cité. Je veux parler ici de nos concitoyens qui, par leurs responsabilités professionnelles ou associatives, seront en mesure de peser sur le prochain scrutin.

Ces six semaines ont malheureusement confirmé les craintes que je pouvais avoir à ce sujet. Nos « élites locales » (appelons-les ainsi) ont soutenu durant des décennies un système dont elles sont – pour la plus grande part – incapables de se défaire. En dépit de la grave crise que traverse la cité, leur attention semble toute entière polarisée sur la bataille annoncée entre les trois candidats issus de la majorité LR-UDI : l’actuel 1er adjoint, son prédécesseur à ce poste (de 2001 à 2012) et l’ancien adjoint à la culture et n°3 de la liste Heinrich en 2014, comme si une forme de déni les empêchait de voir la réalité en face (à savoir le caractère pathétique et lamentable de cette situation) et de tourner la page, une bonne fois pour toutes, de ces quarante années de gestion municipale. Bien sûr, je ne veux pas généraliser.

Je n’ignore pas non plus le procès qui risque de m’être fait : qui suis-je donc pour donner des leçons et juger ainsi les « forces vives » spinaliennes ? Ce ne sont – je l’assure – ni l’amertume, ni la rancœur qui me poussent à ce constat, mais bien l’observation fidèle (et attristée) de nos us et coutumes. Il y a trop d’entre-soi (je n’ose parler d’endogamie, mais nous n’en sommes pas loin), trop de clientélisme, trop de haines cuites et recuites entre ces gens pour, au final, en espérer quoi que ce soit. Ils ont clairement l’intention de régler leurs comptes, certainement pas de bâtir un projet pour Epinal. Or, leur responsabilité est d’autant plus grande que leur poids électoral est considérable.

Dans cette ville qui se vide progressivement de ses habitants, spécialement de sa classe moyenne (partie en périphérie à la recherche d’une forme d’ « exil fiscal »), la population se paupérise à une vitesse vertigineuse (un Spinalien sur quatre vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté). Elle vieillit, également. Il en résulte une profonde évolution de la sociologie électorale, qui se traduit par une augmentation exponentielle de l’abstention (50%, même pour les scrutins les plus mobilisateurs que sont les présidentielles ou municipales), par un renforcement continu de l’électorat conservateur et, par voie de conséquence, par une responsabilité accrue de ses forces vives dans le choix de ses futurs dirigeants. Je n’ai pas attendu ces derniers jours pour établir ce constat, et – à vrai dire – cette réalité de la carte électorale spinalienne ne nous effrayait nullement.

Mais la double inertie de la gauche réformiste – qui a préféré se saborder plutôt que de nous rejoindre – et des forces vives spinaliennes nous condamne inéluctablement à l’échec. Quand j’évoque l’échec, c’est évidemment le risque (inéluctable) de perdre cette élection, mais aussi celui (très probable) de ne pas atteindre le seuil des 10% nécessaires à une qualification pour le second tour, et donc à une élection en qualité de simples opposants au sein du conseil municipal.

Alors bien sûr, en dépit de tout cela, je pourrais prendre le risque de me présenter à cette élection. Dans l’absolu, nous sommes désormais suffisamment nombreux pour constituer une liste. Si j’avais l’égo de mes adversaires, ou si je n’étais animé que par le seul goût de la revanche, la question ne se poserait d’ailleurs même pas. Seulement voilà : notre ambition, notre moteur, notre motivation étaient tout autres. Nous avons tendu une main, et cette main n’a pas été saisie.

Il n’y a rien de dramatique à cela, et je n’ai nul regret. J’avoue même ressentir une forme de libération. Libération, d’abord, d’avoir quitté En Marche, cet ultime espoir… ô combien déçu. Libération, aussi, après pratiquement trente années de militantisme politique, d’avoir été au bout de ma conception de la démocratie, de l’avoir mise à l’épreuve et – je dois bien l’admettre – d’en avoir aussi vérifié les limites. Libération, enfin, de pouvoir appréhender différemment, à compter d’aujourd’hui, ma participation au débat démocratique. Appartenir à un parti, solliciter les suffrages des électeurs, cela ouvre naturellement la perspective d’être un jour élu et de pouvoir mettre en œuvre la politique en laquelle on croît (ou du moins d’essayer…), mais cela constitue aussi un frein à l’expression la plus complète et la plus sincère de ses opinions.

Par obligation de loyauté vis-à-vis du mouvement auquel on appartient, par souci de ne pas heurter l’opinion publique, par peur d’être incompris, l’expression des idées est souvent simplifiée, édulcorée, parfois même partiellement censurée. En sortant de l’arène politique, au sens « électoral » du terme, je conquiers une forme de liberté que je compte bien utiliser.

J’espère aussi pouvoir inventer, avec les femmes et les hommes libres qui ont rejoint le collectif Nous, Spinaliens !, une nouvelle forme d’action et d’engagement politiques. Je veux le dire aux Spinaliennes et aux Spinaliens qui nous ont fait confiance, comme à ceux qui n’ont pas cru en la sincérité de notre démarche ou qui, tout simplement, ont perdu tout espoir en la démocratie : le combat n’est pas fini, et nous ne les abandonnerons pas. Nous agirons autrement, voilà tout. Nous agirons en dénonçant les abus, en portant la contradiction, en suscitant le débat, en avançant des propositions…

Nous agirons, quoi qu’il en soit, avec la volonté intacte de défendre nos valeurs et de contribuer, à notre façon, à #RéinventerEpinal. »




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